Ce qu'il s'est passé ensuite, je ne le rapporterai pas dans le détail. Je manque de courage pour ça, je ne veux pas trop remuer ces souvenirs-là. Simplement les survoler, ce sera suffisant.
Nous avons rompu donc, c'est ce dont nous avions convenu: juste un dernier week-end. En fait, tu as rompu, et la situation n'était pas si claire. Tu l'as fait par téléphone, me disant que tu n'en étais pas capable les yeux dans les yeux. Je me répétais en boucle ces mots dans ma tête: aller de l'avant, lentement, pas trop vite, pour ne pas me faire mal. Revenir à la vie, la vie sans toi. Mais je n'étais pas prête (le serai-je jamais?), et j'allais encore me battre, un peu...
Je n'étais pas vraiment en colère contre toi, juste triste. Et toi, comme toujours, tu m'as demandé mon amitié. J'ai voulu te la donner. Sincèrement. Mais il y a eu ta soirée d'anniversaire, nous avions passé la journée ensemble, à la fête des vendanges à Montmartre. Une belle journée, encore. Nous étions rentrées chez toi, et je t'avais aidée à préparer la soirée. J'avais craqué, je t'avais embrassée. Tu avais résisté, juste un peu. Le soir, quand tout le monde était parti, il n'était resté que moi et un ami à toi que tu hébergeais. Il avait dormi sur le canapé, et nous dans ton lit. Nous avions fait l'amour,suffoquant dnas un silence de circonstance. Le lendemain j'étais partie tôt, j'avais un match de hand, mais je t'avais retrouvée le soir pour un dîner en tête à tête... Et un peu plus. Une situation floue, l'incapacité à s'en tenir à un contact amical, les doutes qui tourbillonnaient dans ma tête, et ma lutte de tous les instants pour n'en rien laisser paraître, pour ne rien dire, ne rien demander, ne rien reprocher, chuuuttttt. Laisser filer le temps ensemble, en profiter, ne rien casser. Et dans cette situation, je réussis à m'autoconvaincre que j'avais pris du recul, que cette situation n'était pas émotionnellement dangereuse pour moi. Je me disais que je me détachais, que tu ne pourrais plus me rendre triste, peu importe ce que tu ferais. Je profitais, simplement.
Je me trompais...
Lorsque tu m'annonças la nouvelle au téléphone, je sentis mon coeur se serrer jusqu'à suffoquer. Mes mains se mirent à trembler et ma voix se cassa, dans un silence oppressant que je ne pus contenir: je raccrochai sans un mot.
Evidemment, tu m’attendais sur le quai. Pouvait-il en être autrement ? Avec le recul, je me dis que non. Toujours tu te retournerais, toujours je te rattraperais, toujours tu m’assènerais tes «jamais je ne pourrai assumer» à grands coups de «toujours je t’aimerai». Nous nous sommes retrouvées, et c'était bon. Nous avons passé le WE ensemble, très beau après le dernier si moche. Tu as voulu m’inviter à Disneyland, et je t’ai suivie bien volontiers, heureuse de te voir heureuse. La journée a été magnifique, notre entente et notre complicité parfaites, le temps idéalement ensoleillé. Une belle journée de septembre. La chance aussi était de notre côté, car lorsque nous sommes arrivées devant le parc, deux femmes nous ont accostées pour nous proposer deux entrées… Gratuites. Elles devaient venir avec leurs maris, mais ils n’avaient pas pu venir et les entrées expiraient le jour même. Souriantes, nous les avons chaleureusement remerciées et avons continué notre chemin avec le sentiment agréable d’un encouragement à cette belle journée ensemble.
Je ne saurais pas dire quel moment j'ai préféré dans cette journée... Nos deux nez enfouis dans nos barbes à papa, ton visage éclatant de rire, les baisers volés au détour d'une allée, ta main qui serre la mienne dans la maison hantée, nos lèvres qui s'effleurent dans la pénombre, l'expression de joie enfantine qui se peignait sur ton visage durant la balade autour du monde de "Fantasyland"... ?
C'était un magnifique week end, et nous étions censées nous dire au revoir lorsqu'il serait terminé. Une journée, une relation sur les montagnes russes...
Bien sûr, je n'avais pas envie de te dire au revoir; bien sûr les choses étaient loin d'être claires. Mais je ne savais plus quoi faire pour ne pas te rendre malheureuse, pour ne pas me rendre malheureuse. Déjà pourtant, je savais combien je t'aimais, je savais que je tenais à toi, et je savais que j'aurais voulu de toi encore, toujours, de nouveau, toujours.
Nous avons passé quelques semaines de pur bonheur ensemble. Mi-septembre, j'avais décidé de prendre (enfin) des
vacances. Nous avons passé un WE ensemble avant que je parte, un WE désastreux. Je ne me souviens plus précisément des raisons. J'imagine qu'il y avait un mélange de ces incessants
questionnements de ton côté, et de rancoeur du mien. Tu te demandais une fois de plus à quoi bon ? Et je me révoltais que tu ne t'engages pas avec moi. J'en devenais désagréable, susceptible,
jalouse à l'excès, étouffante. Tu remettais d'autant plus en cause notre relation...
Je suis partie en vacances avec ma soeur sans certitude de te retrouver à mon retour. Nous sommes allées une semaine à Marseille, Cassis, La Ciotat, ton pays. Tu étais présente dans chaque rayon
de soleil. Ma soeur était là, et elle m'a apporté un grand souffle de fraîcheur, de joie, malgré tout. Nous avons beaucoup ri, comme toujours. Pourtant j'avais toujours ce pincement au coeur : je
pensais à toi, à nous, à cette partie perdue d'avance mais pour laquelle je me battais depuis plus de 6 mois tout de même. Malgré les peines, les déceptions, les trahisons, j'y croyais encore. Un
filet d'espoir coulait toujours, suffisant pour alimenter le cours de mon amour pour toi. Pourtant tu étais extrêment distante, au téléphone, par tes messages. Un soir tu m'as appelée, et tu m'as
dit que tu ne viendrais pas me chercher au train à mon retour. Que c'était vain, inutile. Que notre histoire n'avait aucun sens. Que tu te sentais étouffée, et que tu avais besoin d'un homme.
J'ai pleuré un peu, je crois. J'ai tâché de te convaincre du contraire, je t'ai dit que je t'aimais, et tu m'as répondu par un long silence. J'aurais voulu voir ton visage, ton regard, mais je
n'entendais que ce silence pesant. Alors j'ai répété :
- Je t'aime
- ...
- Tu ne dis rien ?
- ... Je ne sais plus...
- Tu ne sais plus quoi ?
- Si... Si vraiment on s'aime, pourquoi on se dispute tellement ?
- Parce que tu compliques tout. Parce que je n'ai pas ce que je veux, et que tu n'as pas non plus ce que tu veux.
- Tu vois... Alors à quoi bon ?
- Je n'en peux plus de me battre seule pour nous. Je suis épuisée de cette lutte. J'ai dans ma gorge tous ces mots que je pourrais te dire pour te retenir, mais ils m'étranglent. Pourtant je
t'aime, oh oui tellement. Mais même ça tu n'es plus capable de me le dire.
- ...
- Je suis en colère contre toi. Pourquoi être venue me rechercher ? Pour en arriver là de nouveau un mois plus tard ? Je ne t'ai demandé aucune promesse, mais... Ca fait mal.
- Je suis revenue parce que je t'aime. Je ne peux plus continuer parce que je ne l'assume pas. Vraiment pas.
- ...
- Donne nous un dernier WE ensemble. Je ne veux pas garder ce souvenir de nous. Viens me chercher au train vendredi. Viens, s'il te plaît. Tu m'avais promis... Je t'attendrai.
- Je ne sais pas...
Je n'ai pas réussi à obtenir plus que ce "je ne sais pas", une fois de plus. "Ta" phrase. Je me sentais lasse, triste, fatiguée. J'ai attrapé ma soeur, la bouteille de Rhum et nous sommes
descendues jusqu'à la Plage en riant. Pourtant l'amertume hantait mon corps, et la rancune gagnait mes pensées. J'essayais de te mettre de côté, je ne voulais pas gâcher cette semaine de vacances
avec ma soeur, il y avait si longtemps qu eç ane nous était pas arrivées, et nous étions vraiment heureuses de nous retrouver là toutes les deux. Difficile malgré tout d'oublier temporairement ce
chagrin que tu me causais. Lorsque nous sommes rentrées, vacillantes, nous coucher, ma soeur s'est vite endormie et j'ai cherché le sommeil longtemps encore. Une pensée insistante battait mes
tempes, une aspiration par dessus toute autre : j'espérais que tu serais là, au train, deux jours plus tard. Mais l'incertitude la plus totale accompagnait cet espoir sans lendemain...
(SUIVANT)
Voici la suite de notre histoire mon amour. Oui, forcément il y a une suite. Comment aurait-il pu en être autrement ? Il y a une suite, à l'image de notre amour, belle, passionnée et impossible.
Tu as fini par m'appeler. Tu avais revu X..., pour la première fois depuis ton retour du Vietnam, parce que j'avais insisté pour que tu le fasses, même si tu n'en avais pas envie. Je voulais que tu sois tout à fait claire vis-à-vis de tes sentiments pour lui. Tu l'as revu, et ton sentiment général s'est confirmé : tu ne sentais pas quelque chose de possible entre vous. Je n'étais pas censée influencer ce choix, ce sentiment. Je ne voulais pas que ce soit le cas. J'aurais voulu que tu renonces à lui simplement parce qu'il ne te convenait pas. J'ai bien conscience que ce n'est pas tout à fait ainsi que ça s'est passé. Les dés étaient forcément faussés, puisque nous venions de passer quelques jours merveilleux ensemble, juste toi et moi.
Mais à ce moment-là, peu m'importait, tout ce qui comptait pour moi, c'était de retrouver la chaleur de tes bras, la douceur de tes étreintes, l'amour dans ton regard au réveil. J'ai retrouvé tout cela. Nous sommes reparties, ensemble. Je t'ai demandé un engagement, une fidélité, un investissement dans notre relation. Tu as accepté. Je ne t'ai pas demandé de construire, je ne t'ai pas demandé d'assumer. Un pas après l'autre... Je te sentais présente, heureuse, et ça me semblait suffisant pour commencer. Que tu me tiennes la main dans la rue ou m'embrasses devant des amis, tout cela n'avait pas vraiment d'importance alors, et je sentais que ça pourrait venir. Je ne devais pas te brusquer.
Quant à la construction, au projet de couple, même à ce stade de notre relation tu ne l'envisageais pas. Tu ne l'avais jamais envisagé. Jamais. Et pourtant, j'ai toujours espéré. Toujours...
C'est sur ces bases certes frêles mais plus solides que jamais que nous avons repris le cours de notre vie ensemble. J'étais heureuse. Le mois d'août s'est terminé, tranquillement, et septembre a pointé le bout de son nez.
Il y a eu une soirée importante pour moi. Ma soeur était à Paris. Tu l'avais déjà rencontrée une fois, et vous vous étiez bien entendues. Depuis longtemps déjà je lui avais parlé de mon amour pour toi. Je savais que, pour elle, c'était quelque chose d'abstrait. Elle ne nous avait jamais vues ensemble, mais elle avait beaucoup entendu parler de toi. J'ai voulu que nous passions une soirée toutes les trois, et tu as accepté. Tu appréhendais cette soirée, parce que tu ne savais pas comment te comporter, ce que j'attendais de toi. Je n'attendais rien de spécial. Je voulais simplement que tu rencontres, dans un cadre plus intime qu'une soirée avec des dizaines de personnes, la personne qui compte le plus pour moi, ma soeur. Lorsque nous sommes arrivées chez toi, tu as fait la bise à ma soeur, et tu m'as simplement déposé un baiser sur la joue. Un peu plus qu'un baiser sûrement... Quelque chose qui aurait pu dire : je ne suis pas tout à fait à l'aise dans cette situation, mais je t'aime.
Puis la soirée s'est drapée dans le naturel et les rires ont ponctué les discussions. Ma soeur avait perdu sa chienne la veille, mais elle a mis en suspens sa tristesse pour rire de nos bêtises. La tension de début de soirée a fini par disparaître. Tu nous as donné le droit d'être un couple face à quelqu'un, et ce quelqu'un était ma soeur. C'était important, très important. Nous sommes restées dormir chez toi. Ma soeur a dormi sur le canapé, dans le salon. J'ai dormi contre toi dans ton lit, dans notre lit. Nous avons fait l'amour, dans une longue étreinte, espérant la discrétion, étouffant les soupirs dans un sourire.

Pour ma part j'en manque : du temps. Mais qui n'en manque pas ?
Je reviens vite. Juste une, deux, trois,... Quelques petites choses à régler, et une ou deux grandes aussi : mon avenir, mon présent, du présent futur passé. Des moments à vivre : affronter ou jouir, c'est selon.
Dire au revoir, jamais adieu, mais tout de même, à tous ces gens, ces gens que j'aime. Lui dire au revoir à elle. Regarder en silence le ciel et la vie défiler, les montagnes s'écrouler. Y mettre des couleurs, du mouvement, et entendre peu à peu les sonorités renaître sur ce film en noir et blanc. Regarder le monde autour avec un grand sourire. Me détacher des gens, me détacher des choses, m'élever pour m'envoler, sans attache, sans relâche. Je reviens vite. Je suis encore là, juste derrière vous, ou devant, c'est selon :-).

J'ai besoin d'optimisme. Besoin d'air, d'espoir, d'une lueur. Besoin d'y croire. Alors je me suis posée cette question : pourquoi est ce que j'aime la vie ? Parce que cette question, c'est l'une de celles que je me pose rarement. Tout simplement parce que c'est une évidence.
Je me suis donc posée cette question, et les réponses qui me sont venues étaient des détails, le genre de jeu auquel on se livre souvent sur les fiches de présentation : j'aime (courir dans l'herbe mouillée, plonger un croissant chaud dans une tasse de chocolat fumante, déposer des baisers doux dans ce cou, mais...) / j'aime pas (ne plus pouvoir embrasser ce cou, les cons, les imbéciles, les célibataires qui haient les couples et les couples qui ignorent les célibataires...). Mais ceci, ce n'était pas vraiment répondre à pourquoi j'aimais la vie. Ca ne faisait que dire ce que j'aimais vivre ou non.Version bateau, qui plus est. Alors je me suis posée la question un peu plus sérieusement. Oh, pas trop tout de même hein... :)
J'aime la vie parce que j'aime les parents qui me l'ont donnée. Je profite de cette vie, parce que je veux leur donner raison de m'avoir donné le jour. J'aime la vie parce que j'ai la chance inouïe d'avoir tous les atouts pour en faire quelque chose d'heureux. J'aime la vie parce que j'aime ressentir les choses, par tous mes sens, par la pensée, par le vécu. Et lorsque j'arrive à écrire la vie, toutes ces choses qui affluent et que je ressens à fleur de peau, je me sens en phase avec tout ça. J'aime regarder la vie, les gens vivre, chacun son rythme. Par dessus tout, j'aime l'idée d'aimer la vie.
Voilà. Il y a tous ces gens qui aiment vivre sans jamais se dire qu'ils aiment la vie. Il y a les autres qui l'aiment et le crient sans cesse, à tel point qu'ils ne la vivent plus que pour l'aimer à défaut de l'aimer parce qu'ils la vivent. Et puis il y a ceux qui, de petits bonheurs en immenses sourires, regardent droit dans les yeux ce qu'il y a de beau autour d'eux, comme ce qu'il y a de moins beau. Il y a ces gens optimistes, certains n'ont rien et d'autres ont tout, mais il ont un point commun : d'un tout petit rien font un ruisseau de joie, une rivière où jouer, un fleuve de jouissance, un océan d'amour. Il y a aussi ceux qui passent leur vie à ronchonner, à se perdre en digressions critiques, à oublier l'essentiel, sans comprendre la chance qu'ils ont. Pour finir, il y a ceux qui ne veulent pas, ne peuvent pas l'aimer cette vie.
Et vous ?
Je vois ton nom, Liberté, écrit sur tous les pavés. Pourtant, jamais je ne te vois. J’ai appris à prendre et placer, j’ai appris à mes dépens. Aujourd’hui, juste envie de me laisser porter vers des cieux moins cléments. J’ai envie de toucher, de courir et d’atterrir. En douceur, en souplesse, simple délicatesse. Liberté, je te regarde droit dans les yeux, et je te tournerai peut-être le dos. Peut-être. Je me livre à toi pleine et entière, je t’ouvre mon cœur et sur l’autel des envies du monde je te délivre cette question : que faire de ma vie ? J’oscille, vacille et scintille. Je calcule, recule mais finalement bascule.
Oh et puis, tu sais quoi Liberté ? Finalement je crois que je vais m’asseoir ici, et juste te regarder passer.
Fatiguée de ta quête dépassée. J’en ai assez de tes tergiversations, de ton manque d’attention, de tes malversations. J’en ai assez de me lever chaque matin pour t’imposer aux frondes de ce
monde. À coups de bombes. Assez de plaider ton abstrait concept pour des hommes privés, amputés de toi Liberté !
Alors oui, je vais m’asseoir ici, juste dans un coin, et regarder ce que ça donne quand je ne fais rien. Rien de plus et rien de moins… Tu me trouves défaitiste ? Pessimiste ?
Alors explique moi, toi qui sais, explique moi pourquoi le monde sera meilleur lorsque je me serai levée, lorsque j’aurai envoyé valser les faux papiers des sans papiers, pris d’assaut toutes les prisons pour libérer tes amputés, crié au monde que c’est pas bien de séquestrer, tiré sans fronde dans les jardins de l’Elysée.
Explique-moi, parce que je ne comprends plus. J’ai cru que tu étais la voie, j’ai vu qu’il n’y avait que toi. J’ai cru
qu’en suivant ton sillon, n’importe qui pouvait prétendre au bonheur. J’ai cru, mais aujourd’hui je vois le mal que j’ai fait, les verres que j’ai brisés, les traces que j’ai laissées,
indélébiles dans le cœur d’une femme, d’un homme, d’un enfant. Je vois les morts chaque nuit, je vois les explosions, celles qui devaient reléguer aux oubliettes la vieille société sclérosée,
celles qui devaient mettre fin à l’oppression qui n’était peut-être que dans ma tête, ou presque. J’ai tué, et si j’avais pu faire plus, je l’aurais fait, pour toi Liberté, ma liberté, mon
amour.
Mais là, tu vois Liberté, j’ai juste envie de t’insulter. Je ne vais plus t’écouter, plus te regarder, simplement te laisser filer. Ne te retourne pas Liberté… On se reverra en enfer.
Un soir, dans Paris... Un soir, dans ma vie. Des souvenirs qui me reviennent par bribes, avec elle. Ici. Et là. Ce soir-là une phrase m'enlace sans cesse : "Paris te respire mon amour". Je ne supporte plus cette ville et son métro, tous ces lieux arpentés, découverts, redécouverts avec elle. Avant. Mais j'adore cette ville et ses vies qui s'entrecroisent, se bousculent et parfois se sourient.
Ce soir-là j'ai fait une rencontre. Une rencontre artistique.
J'étais dans le métro, et je partais rejoindre l'une de ces soirées parisiennes sans âme, ni à l'heure ni exagérément en retard, plongée dans un Courrier International. A la station trocadéro, la porte du métro s'est ouverte, laissant s'engouffrer quelques notes d'un saxo. Des notes qui m'ont transportée, en quelques secondes à peine. Je savais que c'était lui, sans l'avoir vu. La question ne s'est même pas posée : avant que les portes ne se referment, je suis descendue sur le quai, et j'ai cherché le musicien. Je l'ai tout de suite reconnu, avec son chapeau, sa barbe bien taillée et son âme au bout des lèvres. Il y a quelques semaines, je ne sais plus quand exactement, un matin en rentrant de chez elle, je l'avais déjà trouvé sur le quai du métro, à Etoile cette fois ci. Dès que je l'avais entendu, je m'étais sentie happée. Le saxo... un instrument aux sonorités touchant mon coeur sans passer par d'autres cases. Jamais aucun saxophoniste ne m'avait touchée comme lui. Il y a quelques semaines donc, pour la première fois de ma vie, je m'étais retrouvée comme hypnotisée sur le quai du métro, j'avais passé près d'1/2h à l'écouter jouer, regardant défiler les rames les unes après les autres sans jamais en prendre aucune. Il m'avait même fait pleurer d'émotion musicale le filou... c'est rare. A la fin, j'étais allée le voir, un grand sourire sur les lèvres et une petite pièce dans la main, et je lui avais juste dit : "vous m'avez touchée comme jamais". Il m'avait souri, avait paru troublé puis m'avait chaleureusement remerciée. Il avait repris un morceau juste pour moi. J'étais repartie, et dans les jours qui avaient suivi j'avais regretté de ne pas avoir pensé à lui demander son nom.
Bref, je l'ai recroisé ce soir-là. Et j'ai été presque surprise qu'il parvienne à me toucher une fois encore, aussi fort... Je m'étais dit que la première fois était certainement liée au moment, à l'instant. Unique. Pourtant... non, c'est cet homme-là et sa manière de jouer qui m'avaient parlé, simplement. Dès la fin de son premier morceau, je suis allée le voir. Il m'a reconnue. et nous avons parlé, alors que de nouveau les rames défilaient. Je lui ai demandé son nom, et il me l'a écrit sur un bout de papier. Je lui ai dit merci pour le sourire qu'il venait d'inscrire sur mes lèvres. Je lui ai demandé ce qu'il faisait de sa musique. Il m'a demandé si je connaissais le Cirque Romanès. Bien sûr... Il m'a dit qu'il travaillait avec eux lorsqu'ils étaient à Paris, comme clarinettiste, qu'il gagnait bien sa vie, mais qu'il n'arrivait pas à trouver un logement, même une petite chambre. Il m'a demandé si je jouais du saxophone. Il m'a dit, il m'a dit, il m'a dit... Avec un fort accent de l'est, je ne saurais pas dire d'où. Il m'a dit, et puis, au moment de se quitter, il m'a dit que je devais recommencer à jouer du saxophone, si je le ressentais aussi fort en l'écoutant. J'ai souri, je lui ai dit que je n'avais plus de saxo, que je n'avais plus l'envie, plus le temps, plus l'argent... Que si lui jouait, c'était bien assez, alors il a souri et a recommencé à jouer.
Je suis partie, un sourire vissé sur mes lèvres.
Tu dors ?
Oui.
J'ai mal, j'ai faim, j'ai froid, j'suis mal. Tu râles, mais moi j'ai mal, j'ai besoin d'toi.
Qu'est ce qui va pas, pourquoi t'as mal, pourquoi t'as froid, pourquoi à moi ?
J'ai mal de me lever l'matin en me disant que j'dois tenir jusqu'à demain. J'ai mal de me coucher le soir sans jamais faire d'histoire. J'en pleure parfois la nuit, de ce monde dont l'ennui nous nuit, j'en pleure et puis... Et puis la vie. La vie s'accroche et je m'arrache à toute cette rage, mais moi j'ai mal, j'ai faim, j'ai froid. Et je m'essouffle, je perds mon souffle, dans un murmure, le dernier râle, ou... Ou un sourire : tu me fais rire, et ce sourire d'ordinaire me faire taire, pas tergiverser. Ce soir c'est l'inverse, ma vie s'renverse ici, face au silence de tes songes sans saveur. Alors maint'nant j'vais t'dire : que désormais, je vais en vivre, en écrire des histoires, qu'j'en peux plus d'avancer sans jamais rien voir. Pourquoi j'ai faim, j'ai froid, pourquoi j'ai mal ? Tu te l'demandes ? J'veux des frissons, mais pas de froid, j'veux du papier ! Tu m'suffis pas, sans ça t'es rien, t'es triste, t'es vide. Tu comprends pas ? J'ai besoin d'toi, mais dans mon monde. Pas envie d'toi, juste pour tes rimes sur les blondes... Je suffoque, je soliloque, bats la breloque, j'veux du papier ! Laisse de côté tes craintes et dis toi bien que c'est tant pis si t'appréhendes. Parce que moi, jour après jour, j'ai l'impression de moins t'aimer, d'agoniser, d'plus supporter de voir ta gueule me surveiller.
Plus qu'une envie : te détester pour tes attentes de tiraillé.
Te transpercer de tant t'tirades que ça attaque c't'autorité.
Si l'temps t'emporte, si tu t'éreintes et te tues à la tâche,
Si trop t'attises, tu m'traumatises et sans détaxe je lâche l'attache.
Ton charme m'a touchée, alors couchée dans ta chaleur, je te chuchote juste là :
Si tu m'attaches, moi je m'arrache, si tu nous tâches, moi je nous lâche.
J'ai besoin de toi, mais c'est pas tout, car sans papier ma vie n'est rien,
Sans papier, j'aurai toujours : faim, froid et mal...
L'attente a été de courte durée. À peine rentrée, en réponse à mon mail tu m'as invitée à dîner, "pour discuter" m'as-tu dit. La suite, tu la connais... Nous étions réunies, de nouveau. Tu as
vécu les mêmes choses que moi, certainement pas de la même manière. Une pensée m'effleure : comme j'aimerais connaître ton point de vue.
Je n'étais pas disponible samedi soir, mais discuter avec toi, oh oui, j'en avais
envie. Alors nous sommes allées prendre un verre en fin d'après-midi.
Je ne t'ai pas vue arriver, tu es arrivée par derrière. Tu m'as touché l'épaule, et je me suis sentie électrisée. Je me suis retournée, et je t'ai vue... Plus belle encore que dans mes souvenirs. Le teint halé par ce voyage qui t'avait éloignée de moi de manière si dure, tu me souriais. Je t'ai embrassée, maladroitement, sur les deux joues. Je t'ai fait des remarques sur ta nouvelle coupe de cheveux, sur ton allure, sur ta taille qui me paraissait avoir diminué. Des remarques sans importance par rapport aux vives émotions qui me traversaient. J'étais touchée en plein coeur par ta présence, si proche, si douce, si désirable...
Je m'attendais à une telle réaction lorsque je te reverrais. Pour autant, je me suis tout de même sentie complètement bouleversée. Mais j'ai réussi à sourire, je suis parvenue à reprendre contenance, et j'ai fini par me sentir presque décontractée. Presque oui, tu l'as remarqué je crois, lorsque nous sommes allées nous asseoir en terrasse d'un café, mes mains tremblaient encore, et pendant tout le temps que nous avons passé ensemble attablées, j'ai tenté vainement de les occuper à vaincre ma tension. Nous avons un petit peu parlé de mon séjour en Ardèche, de ma saison de fruits, rapidement, puis nous avons parlé de ton voyage. Le temps passait à vive allure, j'avais des invités pour la soirée et donc une contrainte. Tu m'as offert un tableau ramené du vietnam, un foulard aussi, en soie, et... 3 pièces trouées. C'est ce dernier cadeau seul que tu avais prévu de m'offrir au départ, je l'ai appris ensuite, mais tu n'as pas osé, te disant que je risquais de le prendre mal, car c'est un cadeau qui peut me faire penser à toi en permanence. En effet... C'est pour cela qu'il me touche tellement. Plus tard dans la soirée, j'ai choisi l'une des trois pièces, et je l'ai passée à mon cou, l'enfilant sur cette chaîne que tu m'as toujours vue porter, mais qui est nue depuis plus d'un an, depuis que j'ai enlevé le pendentif qu'O... m'avait offert, après avoir rompu avec lui. Oui, passer cette pièce autour de mon cou a été un symbole lourd de sens, pourtant... C'est le coeur léger que je l'ai fait. J'ai tellement aimé celle que tu portais, presque autant que le grain de beauté adoré qui se glisse au creux de ton cou, celui que j'aime effleurer, caresser du bout des lèvres, dévorer du regard. En ce moment même je porte encore cette pièce. Je crois que, quoiqu'il arrive désormais, je vais la porter longtemps... Je crois oui.
Pour te remercier de ces cadeaux, je t'ai embrassée à nouveau, sur les deux joues, mais cette fois ci de manière plus contrôlée, caressant du bout des doigts ton bras. À contrecoeur, j'ai retiré ma main lorsque je me suis éloignée de ton visage.
J'ai fini par te demander pourquoi tu voulais me voir, de quoi tu voulais me parler. Nous avons parlé de cette dernière discussion par textos, de ce dernier message qui t'avait affectée, de mon amour pour toi, du discours que je te tenais sur la raison, sur les incompatibilités, sur la phrase blessante que je t'avais adressée en te disant : "tu ne m'aimes pas assez". Je ne sais plus exactement ce que nous nous sommes dit à ce moment-là. Tout ce que je sais, c'est que tu m'as dit combien je t'avais manqué pendant ton voyage. Ce que je sais, c'est que j'ai été terriblement troublée par ta main si proche de la mienne sur la table. Ce que je sais, c'est que... Je n'ai pas pu m'empêcher de la saisir, de la prendre dans la mienne pour la caresser. Je ne sais plus quand tu l'as retirée, mais tu l'as fait. Quelques minutes plus tard, c'est toi qui t'es emparée de la mienne. Tu m'as fait rougir. Je ne sais plus vraiment de quoi nous parlions. De nous, c'est certain, mais précisément je ne sais plus. Je ne sais plus, parce que mon attention était entièrement focalisée sur ta main, parce que je n'avais qu'une envie, celle de t'embrasser tendrement, fougueusement, les deux à la fois. Je ne l'ai pas fait, parce qu'il y avait du monde autour, et que je savais que cela te gênerait.
Pour finir, je t'ai demandé pour la troisième fois si tu voulais te joindre à nous pour la soirée. Pour finir, tu as accepté. Pour finir, je t'ai embrassée dans la cage d'escalier menant à mon appartement. J'ai cru te découvrir en te retrouvant, j'ai reconnu ta douceur en décelant ta force. J'ai savouré cet instant de pur plaisir, celui où je t'embrassais, t'enlaçais, alors que 100 fois j'avais cru ne plus jamais poser mes lèvres sur les tiennes, alors que 100 fois j'en avais pleuré de manque, de douleur et d'absence. L'absence... Je t'ai embrassée, et ensuite... Ensuite, tout est allé vite, trop vite. Nous avons passé les deux jours qui ont suivi ensemble. Je suis venue chez toi. J'ai retrouvé ce lieu auquel j'avais dit adieu en même temps qu'à toi.
Nous voilà ici désormais. Ces derniers jours ont été merveilleux, magiques, mais... hors du temps, en quelque sorte, comme une parenthèse. Que trouverons nous lorsque cette parenthèse sera fermée ? La même histoire dans une longue phrase ? Ou bien... J'attends ta décision, tu dois faire, à nouveau, ce même choix que tu as déjà fait par entre X... et moi.
Il passe d'abord, et j'en suis désespérée. Mais c'est ainsi, à prendre ou à laisser, et je prends. Je t'aime. Et puis, ce matin, dans le mot que tu m'as laissé, tu m'as appelée "mon amour". Ca m'a touchée... J'ai gardé le petit bout de papier sur lequel tu avais inscrit, à la va vite, ces quelques mots, avant de partir pour l'aéroport : "bonne journée mon amour, je t'aime".
J'attends... Je t'ai demandé de me donner des nouvelles dans la journée. Il est
23h, je n'en ai toujours pas. Ce n'est pas encore ton heure, alors j'espère. Mais, je crois que tu le comprendras, si tu ne m'appelles pas, si tu ne m'envoies pas de message, je ne ferai rien
pour t'y inciter.
(SUIVANT)



